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    Philosopher… par Michel Bouriau,

     
    Michel Bouriau est un jeune retraité de l’éducation nationale ; il a exercé, en tant que professeur de philosophie, au lycée Merleau-Ponty de Rochefort. Il a souhaité participer à l’expérience des « ateliers philosophiques en SEGPA » car ce projet pédagogique lui a semblé d’un « grand intérêt ». Aux côtés d’une enseignants spécialisée du collège La Fayette à Rochefort, il est intervenu auprès des classes de 5 ème SEGPA. Voici ses propos concernant la philosophie :

    "Philosopher, c’est penser".

    Mais tout le monde pense, le garagiste, le concierge, le mathématicien, le prêtre, le savant.

    Disons plutôt que tout le monde raisonne. Raisonne sur quelque chose. Le physicien observe la nature, il raisonne à partir de faits. L’historien analyse des documents pour reconstituer des faits historiques. Le mathématicien se donne des définitions. La définition du triangle d’où il déduit des conséquences logiques.

    En philosophie, au commencement, il n’y a pas de définitions. Le philosophe pense des idées. L’idée de Dieu, de Liberté, de Bonheur, d’Homme, du Sens de la Vie. Mais quelle est la bonne définition ? Il n’y en a pas. Le philosophe est le seul à élaborer son vocabulaire. Il est un créateur. Et si le bonheur, c’était cela, ou bien cela, ou bien cela.

    C’est pourquoi, en philosophie s’expérimente la liberté. Liberté des élèves entre eux qui prennent la parole, essayent une définition, un exemple, un argument, qui écoutent l’autre qui propose une autre définition. Ils cherchent ensemble.

    Liberté des animateurs, liberté des élèves. La liberté s’apprend. Elle ne va pas de soi. Il s’agit d’abord d’accepter que quelqu’un puisse dire ce qu’il pense alors qu’on n’est pas d’accord avec lui.

    Les idées engendrent la diversité des réponses possibles. Peu à peu, l’intelligence de chacun découvre que toutes les idées élaborées sont effectivement respectueuses.

    Respecter une idée, c’est la comprendre, la critiquer, découvrir, même si elle est une erreur, un aspect bénéfique pour le progrès de notre intelligence. Comprendre ne signifie pas que l’on soit d’ accord. Philosopher, c’est apprendre à comprendre l’autre, l’étrange, l’étranger. On peut - l’ intelligence a ce pouvoir - comprendre Platon, Marx, Sartre alors qu’on n’est pas d’accord avec eux. Entre les élèves, il en va de même : ils découvrent qu’ ils peuvent comprendre l’idée de l’autre alors qu’ils ne l’approuvent pas, alors qu’ ils ne la toléreraient peut-être pas si elle était mise en pratique.

    Il est des actes qu’il ne faut pas tolérer. Toutes les idées parce qu’elles ne sont que des idées ont le droit d’être exprimées.

    C’est là la grande liberté de paroles de l’intelligence, capable de voyager par delà les frontières.

    L’intelligence est au delà de la tolérance, tant elle a la passion de l’autre pour se découvrir elle-même. Tolérer, c’est supporter quelque chose de pénible qu’on voudrait bien voir disparaître. Autre sens du mot tolérance : historiquement, la tolérance devient, au 16° siècle, une exigence : que le pouvoir politique n’ impose pas une croyance religieuse, mais plutôt qu’ il garantisse la liberté de culte, d’opinion, d’expression.

    Tolérer une idée, c’est alors, politiquement, déjà bien. En philosophie, on apprend ( car la liberté n’est pas donnée : elle s’apprend ) le respect des idées. L’idée est en effet l’expression momentanée d’une personne et toutes les personnes ont des droits, et surtout le droit d’être respectée, le droit à l’erreur et ce, d’autant plus, qu’ en philosophie, qui peut prétendre, sans ironie, posséder la vérité dans sa totalité ?

    Une idée peut se dire, même si elle apparaît scandaleuse, car une idée est faite pour être examinée, critiquée. C’est pourquoi le philosophe croit en la vertu du dialogue. Dialoguer, c’est apprendre à renoncer à la violence, c’est reconnaître la valeur des idées alors qu’ elles sont divergentes. A chacun d’ apprendre à dialoguer : écoute de l’autre, écoute de soi, dans une recherche ensemble.

    Chacun apprend à dialoguer avec les autres, avec lui-même car son intelligence consiste justement à chercher plusieurs réponses, celles qui sont en lui et qui demandent à s’exprimer, sans censure.

    C’est le règne du « ou bien… ou bien ».

    L’atelier de philosophie est un lieu privilégié où l’intelligence de chacun peut s’exprimer sans peur, en toute liberté ! »

    Michel Bouriau

     
     
    Publié le mardi 7 février 2006

     
     
     
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      Mis à jour le vendredi 12 mars 2010